Dans le ventre de la baleine
Pour continuer dans la lecture de l’anthologie de jeux norvégiens, voici un billet sur « In the Belly of the Whale », un jeu narratif de Magnus Jakobson qui est aussi l’auteur d’ « Until we sink » dont j’avais déjà parlé par ici. Il est prévu pour 3 à 5 joueurs, sans meneur, et une durée d’une à deux heures.
« Nous sommes en 1641. A la lueur d’une lampe à huile, un petit groupe de personnes sont là, assises, tentant désespérément de tuer le temps. Certaines d’entre-elles sont des ennemies, d’autres peut être des alliées, mais aucune ne connaît réellement les autres. Quelques heures plus tôt, elles ont toutes été avalées par la gigantesque baleine qui leur sert désormais de maison. Comment est ce qu’elles ont fini là ? Qu’est ce qui les a rassemblées ? Chacune ne connaît que sa propre histoire et, faute d’avoir mieux à faire, elles commencent à se les raconter. »
Chaque joueur choisit une carte de motivation (parmi deux tirées au hasard) et un personnage parmi ceux proposés :
- Peter Lovenson : le corsaire danois,
- Emin Rais : le pirate turc,
- Don Alvaro Rodriguez de Vaca : l’hidalgo catholique,
- Emile Chevalier de Bois Marcel : le chevalier français et cartésien,
- Fernando : le pirate portugais,
- Esmeralda : la comédienne gitane,
- Lady Agnes Winter : la noble anglaise,
- Albert von Schuppler : le noble autrichien,
- Augusto di Scappeli : l’inquisiteur du Vatican,
- Hieronymus von Pellendorf : le savant bavarois.
Le principe de jeu est que chacun des joueurs/personnages va raconter ce qu’il lui est arrivé et les histoires de ces inconnus vont commencer à se mélanger jusqu’à ce qu’ils soient tous sur le pont de la « Santa Anna » où la baleine les a avalés. Une fois ces histoires finies, on joue un épilogue où la trêve entre les prisonniers du ventre de la baleine prend fin et où on apprend le destin de ces aventuriers.
Concrètement, chacun des joueurs va tirer à son tour une carte d’action et raconter une partie de l’histoire de son personnage impliquant la carte qu’il vient de tirer et une autre déjà jouée par quelqu’un d’autre. Bien sûr les autres personnages et joueurs peuvent intervenir quand ils sont concernés, mais l’autorité reste celle du narrateur en cour. Les seules contraintes sont qu’un élément joué sur une carte par quelqu’un doit être le même lorsqu’un autre joueur la joue (ainsi la carte « oncle diabolique » fera toujours référence au même oncle), que tout ce qui est dit est vrai et qu’on ne peut pas tuer le personnage de quelqu’un d’autre.
Chacun joue quatre fois, avec l’obligation que son personnage se retrouve sur le pont de la Santa Anna à la fin de la quatrième ronde.
Vient ensuite l’épilogue où tout est désormais possible et où les personnages se retrouvent à nouveau libres après s’être racontées leurs aventures.
Au final, je trouve ce jeu aussi simple qu’efficace. Pas besoin de longs discours et facile d’y jouer avec des gens ne pratiquant pas le jdr. Pour avoir essayé plusieurs fois quelque chose de similaire avec les parties de « l’île silencieuse » (mais beaucoup plus proches du jdr classique), le fait de faire des rondes en laissant les joueurs raconter des histoires qui s’entremêlent et qui se dirigent toutes vers un point à la fois bien défini et relativement ouvert est quelque chose qui marche bien et amène des résultats souvent intéressants. Là, en plus, on a un ton très « capes et épées » et « pirates » et des personnages clichés-plus-un-twist qui facilitent à mon avis la prise en main. Encore une fois, on est sur un jeu narratif et pas un jdr classique, mais c’est un des pas-si-nombreux-finalement où j’ai réellement envie de jouer (au delà du simple plaisir de la lecture) et où, je pense,il est facile d’en prendre l’essentiel pour l’intégrer dans une partie traditionnelle si on le souhaite.
En tout cas, je vais essayer de voir si ce Monsieur Jakobson a d’autres jeux traduits en anglais…








